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Le ciel, la nuit et la fête
(Le Tartuffe / Dom Juan / Psyché)

 

Le Tartuffe, Dom Juan et Psyché de Molière

(Intégrale durée 6h30)

En tournée en 2021/2022, 2022/2023, nouvelle tournée en 2024/2025

MISE EN SCENE LE TARTUFFE Léo Cohen-Paperman
MISE EN SCENE DOM JUAN Emilien Diard-Detœuf
ADAPTATION ET MISE EN SCENE PSYCHE Julien Romelard
CONCEPTION ET MISE EN SCENE GRAND SIECLE (RADIO) Frédéric Jessua

SCENOGRAPHIE Anne-Sophie Grac
LUMIERE Thomas Chrétien
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
MUSIQUE Bravo Baptiste
SON Lucas Lelièvre assisté de Baudouin Rencurel
ACCESSOIRES Pierre Lebon
MAQUILLAGE ET COIFFURES Pauline Bry-Martin
REGIE GENERALE Marco Benigno assisté de Thomas Mousseau-Fernandez
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Hugo Réauté

DISTRIBUTION 

Pauline Bolcatto, Valentin Boraud, Julien Campani, Philippe CanalesLéo Cohen-Paperman, Emilien Diard- Detœuf, Clovis Fouin, Joseph Fourez, Elsa GrzeszczakLazare Herson-Macarel, Eric Herson-Macarel, Frédéric Jessua, Morgane Nairaud en alternance avec Camille Bernon, Julien Romelard, Claire Sermonne, Sacha Todorov

Création au Festival d’Avignon en juillet 2021
Production : Nouveau Théâtre Populaire
Coproduction : Festival d’Avignon, Le Quai – CDN d’Angers, CDN de Tours – Théâtre Olympia, CCAS, Association des Amis du Nouveau Théâtre Populaire, Théâtre de Chartres, CENTQUATRE-PARIS, Mécènes et Loire
Avec le soutien des Tréteaux de France-CDN
Avec l’aide à la création de la Région Pays-de-la-Loire
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

 

Le Nouveau Théâtre Populaire s’attaque au continent Molière ! L’édition 2021 du festival verra la création de trois pièces : Le Tartuffe, Dom Juan et Psyché. Introduites par des levers de rideau théâtro-radiophoniques baptisés Grand Siècle (radio), elles forment ensemble une seule œuvre, Le ciel, la nuit et la fête. Comme un seul chemin de pensée et d’esthétique.

Pourquoi ces trois pièces ?

Avec Le Tartuffe, Dom Juan, et Psyché, Molière pose la question du rapport, intime et politique, que chacun entretient avec sa foi (ou son absence de foi). Dans Le Tartuffe, l’intégrisme religieux est la conséquence d’une foi fragile. Dans Dom Juan, Dieu répond au blasphème par le silence, et abandonne le blasphémateur à sa condition d’homme. Enfin, dans Psyché, l’amour sauve l’Homme devenu l’égal de Dieu. Le XVIIe siècle de Molière et de Louis XIV levait des yeux inquiets vers le ciel. Le monde, avec les chocs successifs de la Réforme, de la révolution galiléenne et de la Contre-Réforme, avait basculé. C’est peut-être au moment où sa remise en cause éclate au grand jour que la foi s’exprime de la façon la plus pressante.

Intégrismes religieux, hubris technologique et eschatologie climatique : notre époque aussi cherche une transcendance, sans toujours la nommer. Notre siècle aussi lève des yeux inquiets vers le ciel. Et Molière éclaire, d’une lumière à la fois élégante et crue, ces questions. Dieu se joue des mortels, les mortels sont trahis par Dieu, et Dieu défié par un mortel choisit de se taire pour nous laisser dans l’effroi de sa dernière absence. A moins, silence plus infini encore, qu’il n’ait jamais existé, et que le Ciel n’ait jamais été qu’un théâtre habité que par les rêves des humains eux- mêmes… C’est l’histoire que nous voulons raconter en jouant ces trois pièces.

Une pensée commune, des esthétiques multiples.

Trois pièces de Molière pour trois metteurs en scène, dix-huit acteurs et un tréteau de bois. Plus qu’une simple succession, Le ciel, la nuit et la fête est un parcours, un pari de théâtre. L’ordre dans lequel les pièces sont représentées est une invitation à railler, affronter puis transcender notre condition désespérée de mortels. De la sensualité classique du Tartuffe au concert cathartique de Psyché, en passant par la noirceur contemporaine de Dom Juan, nos Molière proposent une odyssée théâtrale qui raconte, par ses ruptures esthétiques les bouleversements d’un monde toujours en mouvement.

Mais nous ne nous reconnaissons pas dans le topos d’un univers seulement éclaté, déconstruit, bouleversé. Le ciel, la nuit et la fête propose le récit d’un désir fragile de réconciliation et d’unité : par la troupe d’acteurs, par la simplicité des moyens engagés et par le verbe d’un seul auteur, dont nous sommes tous, en tant que femmes et hommes de théâtre, les héritiers. C’est aussi cet héritage, qui nous glace et nous réjouit dans un même moment, dont nous voulons nous emparer.

Léo Cohen-Paperman, Emilien Diard-Detœuf et Julien Romelard

Alice au pays des merveilles /

Carroll

Rêverie poétique

 

23, 24, 25 mai 2024

13, 14, 15 juin

(retrouvez toutes les informations de la tournée en cliquant sur ce lien)

DURÉE 1h
À PARTIR DE 6 ans

 

ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE Claire Sermonne
RÉGIE Thomas Chrétien
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Marie Mouillard
CHARGÉE DES ACTIONS SUR LE TERRITOIRE Mathilde Chêne

DISTRIBUTION 
Pauline Bolcatto, Emilien Diard-Detoeuf, Elsa Grzeszczak

 

Synopsis

Alors qu’elle s’apprête à faire une couronne de marguerites, Alice aperçoit un lapin blanc vêtu d’un gilet. Elle s’élance à sa poursuite et tombe dans un terrier profond. Commencent alors toutes ses aventures.
Au Nouveau Théâtre Populaire nous sommes comme Alice dans la chaleur de l’été. Nous sommes acteurs et spectateurs d’épopées extraordinaires. Nos rêves naissent sur ce décor de notre réalité : un plateau de bois, le soleil, les étoiles et la forêt. Avec la nature, l’atmosphère, les êtres, les éléments qui nous entourent, nous formons un monde qui naît de nos rêves. Comme les enfants qui voyagent avec ce qui est à portée de leur main. 
Alors voilà Alice, et le pays merveilleux né de sa rêverie dans cet après-midi d’été. 
Une nouvelle grande aventure qui surgit de notre rêve.

 

Pourquoi monter cette pièce au Nouveau Théâtre Populaire ?

Eh bien, maintenant si tu crois en moi, je croirai en toi”  Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll

C’est bien sûr un conte initiatique plus qu’un simple récit. Chaque rencontre d’Alice avec des personnages est un examen qu’elle passe et dont elle doit sortir victorieuse pour avoir le droit de poursuivre. Et chaque rencontre est un affrontement avec le langage : jeux de mots, locution, poème, parodie qui transforme le texte… Le langage devient un matériau malléable libre, un champ (chant ?) d’inspiration pour le théâtre.

Comment être dans ce monde qui nous pousse à aller de plus en plus vite ? Ce monde dans lequel le temps fuit ? Dans ce monde qui nous demande d’être efficace, rentable, concentré ?

Et si Alice était l’éloge de la déconcentration, de la contemplation ? Alice nous enseigne, nous embarque à faire de la vie, une aventure, une aventure grotesque, une aventure folle… Rêver sa vie en se métamorphosant, en se trompant, en jouant… La contemplation est à contre-temps du rythme d’une vie imposée par une “dictature” du réel.  Ce lapin qui tient le temps après lequel elle court n’est seulement (et c’est très décevant) qu’au service d’une Reine tyrannique et absurde. 

Seuls les enfants et les artistes (et peut-être aussi les grands chercheurs) savent que rien n’est impossible, et que la réalité n’est pas forcément celle qu’on croit. Que l’impossible est ce que nous ne comprenons pas encore. L’humanité en a l’intuition puisqu’elle continue à se raconter des histoires…

Au Nouveau Théâtre Populaire nous sommes comme Alice dans la chaleur de l’été. Nous sommes acteurs et spectateurs d’épopées extraordinaires. Nos rêves naissent sur ce décor de notre réalité, un plateau de bois, le soleil, les étoiles et la forêt. Avec la nature, l’atmosphère, les êtres, les éléments qui nous entourent, nous formons un monde qui naît de nos rêves. Comme les enfants qui voyagent avec ce qui est à portée de leur main. Alors voilà Alice, et son pays merveilleux né de sa rêverie dans cet après midi chaud d’été. Une nouvelle grande aventure qui surgit de mon rêve. 

Claire Sermonne

© Serguey Varenne

FESTIVAL 2025



Les Jeunes Filles du Bon Pasteur ou les sacrées nanas /

Récits d’hier à aujourd’hui

 

 13, 16, 19, 20, 23, 27 août 2025 À 20h30

 

DURÉE 2H

CONCEPTION ET MISE EN SCÈNE Margaux Eskenazi, metteuse en scène invitée de la compagnie Nova
ÉCRITURE Margaux Eskenazi d’après les improvisations de l’équipe d’interprètes
DRAMATURGIE Lazare Herson-Macarel
ASSISTANTE À LA MISE EN SCÈNE Cordélia Monge
CONSEILLER HISTORIQUE David Niget
COMPOSITION SONORE Teresa Silveira Machado
RÉGIE GÉNÉRALE Marco Benigno et Lucas Soudi
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Marie Mouillard
CHARGÉE DES ACTIONS SUR LE TERRITOIRE Mathilde Chêne

REMERCIEMENTS Evelyne Le Bris, Marie-Christine Vennat et l’association des jeunes filles du Bon Pasteur

DISTRIBUTION

Leslie Bouchet, Lazare Herson-MacarelElsa Grzeszczak, Kenza Laala, Julien Romelard, Teresa Silveira Machado

 

MARGAUX ESKENAZI – Qu’attendez-vous de ce spectacle ?

MARIE-CHRISTINE, ANCIENNE DU BON PASTEUR – Qu’il soit vivant. 

Extrait d’un entretien réalisé à Fontaine-Guérin, août 2024

 

Tout part d’un documentaire : « Mauvaises filles », réalisé par Emerance Dubas en 2022 que j’avais vu à sa sortie. Lorsque le Nouveau Théâtre Populaire m’a proposé de mettre en scène un spectacle pour l’édition 2025, j’y ai repensé immédiatement. Il rejoint mes préoccupations d’allier l’histoire contemporaine et sa transposition théâtrale. Ce film retrace le parcours de plusieurs anciennes pensionnaires de la Congrégation du Bon Pasteur. Le Bon Pasteur est une institution religieuse dont la maison mère est à Angers, fondée en 1835. On comptait en 1955, 43 maisons du Bon Pasteur dans toute la France. Elles accueillaient, jusque dans les années 80, des jeunes filles placées par le juge des affaires familiales ou par leurs parents eux-mêmes. Des filles-fugueuses, filles-violées, filles-mère, filles-aguicheuse, filles-turbulente. Au moment de leur entrée dans l’institution, elles avaient en moyenne 14 ans et y restaient jusqu’à leur majorité ou s’enfuyaient pour celles qui y réussissaient. La mission de la congrégation était de les « ré-éduquer». À coup de châtiments corporels, de travail forcé, d’humiliations collectives, de mise au mitard, de privations et de violences physiques, témoignent les filles aujourd’hui. En prières et en études arguent les bonnes sœurs. Violence systémique pour les unes, cas isolés pour la Congrégation. 

Aujourd’hui, plus de 50 ans après avoir été placées, les anciennes pensionnaires dénoncent ces abus et réclament réparation. Elles se sont constituées en association, montent un dossier en justice depuis plusieurs années avec des avocats à la cour, demandent une audience au Pape et attendent l’ouverture de leur procès contre l’Eglise et contre l’Etat. Après le temps du silence vient celui de la parole libérée. Longtemps restées muettes, ces ex-pensionnaires militent pour la reconnaissance de leur préjudice.

Nous traverserons dans ce spectacle le travail mémoriel entamé par ces femmes, leur reconstruction après une amnésie traumatique de plusieurs dizaines d’années et le combat qui est le leur aujourd’hui pour une récupération de leur honneur devant la justice française. 

À la frontière d’un théâtre documenté et d’un théâtre de la fiction, je déploie une conception des spectacles en deux temps : un temps d’enquête de plusieurs mois à partir duquel le théâtre se tisse et s’invente. Les histoires que nous racontons au plateau puisent leur source dans le réel lui-même.  

Grâce à la rencontre des anciennes pensionnaires et des chercheur.se.s travaillant sur ces questions à l’Université d’Angers, il s’agit sur le plateau de faire revivre les mémoires d’un territoire, celui du Maine-et-Loire, et les mémoires intimes d’Evelyne, Marie-Christine, Luce ou Albertine. Chaque récit porte en lui tous les autres. 

Entre les questions judiciaires, abordant le traitement de la justice des filles mineures différents de celui des garçons, les questions féministes de violence de femmes envers des femmes et les questions sociologiques, sur le profil des filles envoyées au Bon Pasteur, nous composerons un spectacle protéiforme et singulier qui va naître de ces paroles recueillies. 

Il y aura également au plateau une musicienne-chanteuse pour travailler à la composition musicale et la transposition émotionnelle de ces récits. 

Nous naviguerons entre la parole du réel, la parole poétique et littéraire ainsi que des trames fictionnelles qui naîtront d’improvisation avec les interprètes au plateau. 

 

Margaux Eskenazi 

Novembre 2024

COMPAGNIE NOVA

La Compagnie Nova voit le jour en 2007 aux Lilas (Seine-Saint-Denis). Elle est dirigée par Margaux Eskenazi. Chaque spectacle n’est qu’une réponse différente au même sujet – les mémoires et les identités françaises – et travaillé selon les mêmes principes :

  • La fabrication : une longue enquête de terrain, des récits, des témoignages
  • L’écriture réunissant trois piliers fondamentaux : l’intime, le politique et le poétique
  • L’équipe : sensiblement la même équipe artistique et d’acteurs.rices depuis le début. Projet de rassembler sur le long terme des équipes animées par une même conviction.
  • Une philosophie : penser les territoires, les récits, les mémoires invisibilisées et silencieuses

Ce travail artistique s’accompagne d’un travail d’implantation et d’actions sur le territoire, notamment en Seine-Saint-Denis où de nombreuses actions sont menées : mise en place d’une école du spectateur, temps de répétitions ouvertes, ateliers en établissements scolaires, ateliers de récit, spectacles en itinérance…
Le projet de la Compagnie Nova, à la fois dans ses actions culturelles, son travail sur le territoire et son projet artistique est de mettre au plateau les polyphonies de la mémoire composant la créolité de nos identités françaises. Le projet culturel et le projet artistique sont intimement liés.



Festival 2025

 

Le Roi Nu /

Schwartz

 

COMÉDIE SATIRIQUE

 

14, 17, 21, 24, 28 août 2025 À 20h30

 

ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE Louis Arene et Lionel Lingelser, metteurs en scène invités de la compagnie Munstrum Théâtre
RÉGIE GÉNÉRALE Marco Benigno et Lucas Soudi
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Marie Mouillard
CHARGÉE DES ACTIONS SUR LE TERRITOIRE Mathilde Chêne

DISTRIBUTION

Valentin Boraud, Leslie Bouchet, Robin Causse, Elsa Grzeszczak, Léa Guillemet, Lazare Herson-MacarelFrédéric Jessua, Kenza Laala, Julien Romelard, Claire Sermonne,  Teresa Silveira Machado

 

Un roi despotique et vaniteux a jeté son dévolu sur Henriette, une jeune princesse qu’il s’est mis en tête d’épouser. Cependant, la princesse est amoureuse d’un autre homme, un jeune paysan nommé Henri. La princesse refuse de se soumettre à l’autorité du roi et Henri va élaborer un stratagème extraordinaire pour saboter le mariage et ridiculiser le monarque, aveuglé par son pouvoir…

Dans cette comédie satirique qui s’inspire de trois contes de Hans Christian Andersen (La Princesse au Petit Pois, Le Roi Nu et Le Porcher) l’auteur russe Evgueni Schwartz invente une fable politique déjantée et cruellement drôle qui détourne les contes pour en faire une pièce à charge contre la dictature, l’oppression et la folie du pouvoir. La pièce est écrite en 1934 alors que les régimes totalitaires d’Allemagne mais aussi soviétiques prennent de l’ampleur. Elle sera interdite avant même sa publication car les allusions anti-fascistes de la pièce sont également perçues comme anti-staliniennes.

Louis Arene et Lionel Lingelser sont tous deux à la tête du Munstrum Théâtre. Depuis plus de dix ans, ils entreprennent une recherche autour du masque – objet théâtral par excellence – et bousculent les codes de cet art ancestral au travers de spectacles ambitieux à l’esthétique singulière et inventive. L’univers de Schwartz, peuplé de figures extravagantes et pittoresques, se prête à merveille à leurs expérimentations scéniques. Ainsi, pour interpréter Le Roi Nu, les acteur.ice.s du Nouveau Théâtre Populaire seront masqué.e.s, travesti.e.s, transformé.e.s… La métamorphose par le masque permet un jeu qui fait la part belle à l’excès et à la transgression. En mettant le factice au premier plan, le masque revendique l’artifice et pourtant, c’est par là qu’il touche à la vérité. Il nous offre une plongée en nous-même et nous met face à nos propres monstres. Par un effet de miroir déformant, le monstre sur la scène devient le monstre en nous.

Familiers des écritures farcesques, Louis Arene et Lionel Lingelser souhaitent faire du Roi Nu un spectacle résolument joyeux et populaire. Ils voient dans ce conte théâtral philosophique et loufoque, un  hymne à l’imagination comme rempart à l’oppression, une fable politique où l’insolence du rire défie l’esprit de sérieux du pouvoir. Chez Schwartz, le rire est le moteur de l’écriture, c’est lui qui révèle les mécanismes des systèmes de domination, leur petitesse et leur vanité. Ce rire, loin d’être cynique ou désespéré est au contraire contestataire et flamboyant. En cela, il est un acte politique fort et nécessaire.

Louis Arene et Lionel Lingelser

 

La compagnie Munstrum Theatre

Tous deux formés au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, Louis Arene et Lionel Lingelser créent le Munstrum Théâtre en Alsace, en 2012. Très vite, la compagnie se singularise par son geste esthétique puissant et sa radicalité poétique. La musique, la sculpture, la peinture, la danse s’entrechoquent dans des spectacles polymorphes où l’irrévérence devient un langage esthétique au-delà des normes et des codes. Un travail méticuleux et organique sur le sens et la langue se combine à une recherche ludique autour de la technique et de la machinerie théâtrale. Comme un fil rouge qui relie chaque création, la compagnie invente des mondes « d’après ». Une projection des angoisses contemporaines toujours abordée dans un parti-pris poétique, joyeux et décalé. La recherche sur le masque est l’une des multiples facettes du projet global du Munstrum qui, en tant que véritable outil dramaturgique, interroge notre rapport à l’identité, au sacré, à la mort. Le masque met en jeu « plastiquement » des créatures étranges qui explosent la prison de la normalité et de l’ordre social, pour nous relier à notre humanité profonde. Un théâtre de la cruauté et de l’étrange, nocturne et insolite, mais aussi un théâtre du rire, celui de la surprise et de la jubilation. Ce rire, tout comme la poésie et l’outrance, est pour le Munstrum la clef de la catharsis.

Leur spectacle 40° sous zéro a reçu le Molière 2024 pour le Théâtre public & la Mise en Scène d’un spectacle de Théâtre Public.

 

 

Festival 2025

 

La Nuit de Madame Lucienne /

Copi

COMÉDIE

 

12, 15, 19, 22, 26 août 2025 À 20h30

 

DURÉE 1h20

ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE Frédéric Jessua
RÉGIE GÉNÉRALE Marco Benigno et Lucas Soudi
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Marie Mouillard
CHARGÉE DES ACTIONS SUR LE TERRITOIRE Mathilde Chêne

DISTRIBUTION

Valentin Boraud, Robin Causse, Léa Guillemet, Claire Sermonne

Nous naissons tous originaux : nous plairions tous par cette originalité même si nous ne nous donnions des peines infinies pour devenir copies et fades copies.” Copi.

 

Au cœur de la nuit, dans un théâtre parisien, un auteur, une actrice et une marionnette de rat, sous le regard de leur régisseur, répètent une pièce. C’est une émission de radio à destination de populations interstellaires. Nous sommes à une semaine de la première. La tension est à son comble : l’auteur doute du jeu de sa comédienne, la comédienne remet en question le texte et le régisseur s’inquiète de la complexité du spectacle. Dans les coulisses, on entend le bruit envahissant de l’aspirateur de Madame Lucienne, la femme de ménage du théâtre. On lui demande de cesser son activité. Mais, madame Lucienne ne répond pas. On interrompt la répétition, on la cherche… Mon Dieu ! Madame Lucienne a disparu !

La Nuit de Madame Lucienne est sortie de l’imaginaire l’auteur franco-argentin Copi (1939-1987) ; elle a été composée en 1985 et créée au Festival d’Avignon de cette même année. Elle se déroule en temps réel ; c’est une sorte de poupée russe à la sauce franco-argentine, doublée d’une intrigue policière, où le méta théâtre est lui-même le méta d’un autre théâtre qui, évidemment se frotte à la réalité.

J’aime l’univers de Copi, sa folie, son absurdité, sa vitalité, sa nécessité, et, dans le cas qui nous intéresse, celui de « La nuit de madame Lucienne », je me rends compte je suis surtout amoureux de son amour du théâtre. Pièce de genre s’il en est, ce travail sur cette œuvre est aussi pour moi, l’occasion de retrouver les années de ma prime jeunesse c’est à dire le milieu des années 80 : ça transpire la politique importante, (car bien évidemment le monde va changer), la Peugeot 205 et la Renault Super 5, les brûlures des premières cigarettes sur les fauteuils arrières.

Il me plaît de penser le plateau Jean Vilar de Fontaine-Guérin, comme celui d’un vieux théâtre à l’italienne en lumière de services, parfumé par l’odeur du tabac froid, la table de mise en scène parsemée de tasses remplies de café passé ou de whisky bon marché, le plateau jonché de costumes en vrac, et puis, les premiers chants d’oiseaux, qui viennent nous rappeler que la nuit a été décidément bien blanche.

La pièce commence donc par la répétition d’une pièce et s’achève par un coup de feu ; entre les deux, on pinaille, on se déchire, on rit, on se fait peur, on ne veut plus faire de théâtre et puis on recommence, parce que, décidément, on ne peut plus faire autrement.

Frédéric Jessua



Festival 2025

 

Frankenstein /

D’après Shelley

 

16, 19, 21, 23, 26, 28 août 2025 À 11h

 

DURÉE 1h

À PARTIR DE 7 ans

ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE Elsa Grzeszczak
ASSISTANTE À LA MISE EN SCÈNE
RÉGIE GÉNÉRALE Marco Benigno et Lucas Soudi
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Marie Mouillard
CHARGÉE DES ACTIONS SUR LE TERRITOIRE Mathilde Chêne

DISTRIBUTION

Valentin Boraud, Léa Guillemet, Frédéric Jessua, Teresa Silveira Machado

 

Il était une fois une petite fille, Frankenstein, qui ne sortait pas de sa chambre. Ses parents étaient très occupés, trop. Ils remplissaient le manque, comblaient l’absence, en offrant à leur enfant des choses-jouets, des trucs-électroniques, des machins-virtuels. Tellement d’objets qu’elle finit par ne plus pouvoir sortir de sa propre chambre. Mais ça l’arrangeait bien, elle, de se gaver d’émissions télé, de jeux vidéo, de post internets. Son cerveau jubilait. Jusqu’au jour où… tout s’arrêta: plus d’électricité. La console s’éteignit, le portable ne se rechargea plus. Tout ce fatras disparu, même ses parents, qu’elle ne voyait pourtant pas souvent, disparurent aussi. 

Ainsi, commence l’histoire de Frankenstein. Seule, dans le silence, avec ce qu’elle a sous la main, notre héroïne va créer une monstre avec ses fils électriques, ses circuits électroniques, et ses reliques de ses machines en rade. Elle sera sa créature, celle avec laquelle elle va partir à l’aventure du monde. Mais ce monde n’est pas celui auquel elle s’attend. Le temps lui aussi s’est détraqué, les époques, les civilisations tout est sens dessus dessous. Commence alors pour Frankenstein et sa créature, un voyage à travers le temps, à travers les sens, à travers les mondes.

J’ai mis en scène, écris et adapté deux pièces: La Belle et La Bête et L’Enfant Sauvage, ces dernières années; ces pièces traitent toutes deux de la figure du monstre, et de notre rapport à celle-ci. Cette notion de monstruosité, qu’elle soit physique ou sociale, m’a toujours fascinée dans mon travail d’écriture et de mise en scène. Je le poursuis en adaptant le mythe de Frankenstein pour les enfants. 

Depuis toute petite, j’ai aimé aller au théâtre car j’ai compris, à postériori, qu’il me permettait d’apprivoiser mes peurs et de me les réapproprier. Le monstre est l’Autre, par essence, celui que l’on juge, que l’on rejette, que l’on bannit. J’aimerais que ce spectacle nous interroge sur notre jugement face à l’altérité, notre empathie face à l’étrange, et notre curiosité face au laid. Cette inversion des jugements moraux face à ce qui ne nous ressemble pas sera la ligne directrice du spectacle, qui je l’espère nous réconciliera avec nos frousses, nos trouilles et nos cauchemars.

L’inventrice sera bien une petite fille et le monstre, une monstre. Je pense qu’il est important aujourd’hui de se raconter d’autres histoires où les petites filles peuvent être les héroïnes de nos mythologies futures.

Je veux ancrer le point de départ de cette histoire dans un monde contemporain saturé d’écrans et d’images virtuelles; c’est un sujet qui me questionne beaucoup et même m’angoisse quelque peu. Je pense que le théâtre, le lieu de « l’être ensemble » par excellence où l’on coupe son portable et ses écrans, est l’endroit où l’on peut justement s’emparer de cette question. Je me méfie du jugement moral du « c’était mieux avant les écrans », je pense au contraire qu’il faut ouvrir des espaces de rêveries qui questionnent cette problématique de plus en plus envahissante. La mettre à distance par la fable est un des moyens de la penser avec et pour les enfants.

Elsa Grzeszczak

 

Festival 2025

 

Le Baron perché /

Calvino

 

15, 17, 20, 22, 24, 27 août 2025 À 11h

 

DURÉE 1h

À PARTIR DE 6 ans

ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE Lazare Herson-Macarel
ASSISTANTE À LA MISE EN SCÈNE
RÉGIE GÉNÉRALE Marco Benigno et Lucas Soudi
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Marie Mouillard
CHARGÉE DES ACTIONS SUR LE TERRITOIRE Mathilde Chêne

 

C’est l’histoire d’un jeune garçon de douze ans qui refuse de manger un plat d’escargots. Au cours de la dispute qui s’ensuit, il monte dans un arbre. Son père, furieux, le menace : « Je vais te montrer, moi, dès que tu descendras ! ». Il répond : « Et moi je ne descendrai plus ! » 

Et il tient parole. 

Toute sa vie se passera dans les arbres. 

Dans les arbres, il inventera une nouvelle manière de vivre, lira des milliers de livres, tombera amoureux, se fera chef de brigands, discutera avec Napoléon, et finira par s’envoler en Montgolfière. 

Conte philosophique à la Voltaire, extraordinaire portrait d’un misanthrope joyeux, préférant s’exiler dans les frondaisons plutôt que de consentir au monde comme il va, éloge du pas de côté, du chemin de traverse, du grand air, de l’altitude, de l’esprit et des arbres, affirmation infiniment radicale et infiniment concrète du désir de vivre différemment, remise en cause définitive de l’ordre habituel des choses, bouffonnerie enfantine iconoclaste, occasion inespérée d’une balade littéraire collective en forêt, vertigineuse évocation de la puissance du pourquoi pas, voyage salutaire à l’époque des Lumières (le roman commence le 15 juin 1767), récit initiatique post-rabelaisien jubilatoire, affirmation par le fait de la possibilité d’un autre rapport au monde vivant, Le Baron Perché c’est tout cela à la fois, et c’est autant de raisons pour lesquelles j’aborde aujourd’hui ce roman aussi profond que tendre.

La particularité marquante de ce spectacle est qu’il se jouera vraiment dans les arbres. Nous ferons pour une heure de la forêt notre théâtre, avec très peu de moyens mais en prenant au pied de la lettre le principe du héros : il est dans les arbres et nous sommes dessous ; spectateurs et spectatrices tour à tour indignés, amusés, enthousiasmés ou émus d’une vie en apesanteur. 

Dans ce roman qui raconte une vie libre, à la frontière du réalisme, je vois l’occasion d’une adaptation libre, contemporaine, et qui permette la réception la plus immédiate, pour un enfant de cinq ans comme pour ses parents : c’est l’histoire d’un enfant qui quitte pour toujours le monde des adultes, qui affirme une bonne fois pour toutes qu’on peut vivre autrement. C’est l’histoire, salutaire dans nos temps troublés, d’un personnage qui, au propre comme au figuré, prend de la hauteur. Et qui découvre quelques mètres au-dessus du sol… un monde meilleur !

Lazare Herson-Macarel

 

Festival 2025

 

Alice au pays des merveilles /

Carroll

Rêverie poétique

 

16, 18, 21, 23, 25, 28 août 2024

À 11h

DURÉE 1h
À PARTIR DE 6 ans

 

ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE Claire Sermonne
RÉGIE Thomas Chrétien
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Marie Mouillard
CHARGÉE DES ACTIONS SUR LE TERRITOIRE Mathilde Chêne

DISTRIBUTION 
Pauline Bolcatto, Emilien Diard-Detoeuf, Elsa Grzeszczak

 

Synopsis

Alors qu’elle s’apprête à faire une couronne de marguerites, Alice aperçoit un lapin blanc vêtu d’un gilet. Elle s’élance à sa poursuite et tombe dans un terrier profond. Commencent alors toutes ses aventures.
Au Nouveau Théâtre Populaire nous sommes comme Alice dans la chaleur de l’été. Nous sommes acteurs et spectateurs d’épopées extraordinaires. Nos rêves naissent sur ce décor de notre réalité : un plateau de bois, le soleil, les étoiles et la forêt. Avec la nature, l’atmosphère, les êtres, les éléments qui nous entourent, nous formons un monde qui naît de nos rêves. Comme les enfants qui voyagent avec ce qui est à portée de leur main. 
Alors voilà Alice, et le pays merveilleux né de sa rêverie dans cet après-midi d’été. 
Une nouvelle grande aventure qui surgit de notre rêve.

 

Pourquoi monter cette pièce au Nouveau Théâtre Populaire ?

Eh bien, maintenant si tu crois en moi, je croirai en toi”  Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll

C’est bien sûr un conte initiatique plus qu’un simple récit. Chaque rencontre d’Alice avec des personnages est un examen qu’elle passe et dont elle doit sortir victorieuse pour avoir le droit de poursuivre. Et chaque rencontre est un affrontement avec le langage : jeux de mots, locution, poème, parodie qui transforme le texte… Le langage devient un matériau malléable libre, un champ (chant ?) d’inspiration pour le théâtre.

Comment être dans ce monde qui nous pousse à aller de plus en plus vite ? Ce monde dans lequel le temps fuit ? Dans ce monde qui nous demande d’être efficace, rentable, concentré ?

Et si Alice était l’éloge de la déconcentration, de la contemplation ? Alice nous enseigne, nous embarque à faire de la vie, une aventure, une aventure grotesque, une aventure folle… Rêver sa vie en se métamorphosant, en se trompant, en jouant… La contemplation est à contre-temps du rythme d’une vie imposée par une “dictature” du réel.  Ce lapin qui tient le temps après lequel elle court n’est seulement (et c’est très décevant) qu’au service d’une Reine tyrannique et absurde. 

Seuls les enfants et les artistes (et peut-être aussi les grands chercheurs) savent que rien n’est impossible, et que la réalité n’est pas forcément celle qu’on croit. Que l’impossible est ce que nous ne comprenons pas encore. L’humanité en a l’intuition puisqu’elle continue à se raconter des histoires…

Au Nouveau Théâtre Populaire nous sommes comme Alice dans la chaleur de l’été. Nous sommes acteurs et spectateurs d’épopées extraordinaires. Nos rêves naissent sur ce décor de notre réalité, un plateau de bois, le soleil, les étoiles et la forêt. Avec la nature, l’atmosphère, les êtres, les éléments qui nous entourent, nous formons un monde qui naît de nos rêves. Comme les enfants qui voyagent avec ce qui est à portée de leur main. Alors voilà Alice, et son pays merveilleux né de sa rêverie dans cet après midi chaud d’été. Une nouvelle grande aventure qui surgit de mon rêve. 

Claire Sermonne

© Serguey Varenne

FESTIVAL 2024



Illusions perdues /

Balzac

COMÉDIE

 

14, 17, 21, 24, 28 août 2024

À 20h30

 

Dès 19h45, la dernière nuit

(purgatoire)

DURÉE 1h50

ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE Léo Cohen-Paperman (co-auteur Julien Campani)
SCÉNOGRAPHIE Jean-Baptiste Bellon
LUMIÈRE Thomas Chrétien
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
SON Camille Vitté
MAQUILLAGE ET COIFFURES Pauline Bry-Martin
RÉGIE GÉNÉRALE Marco Benigno assisté de Thomas Mousseau-Fernandez
ASSISTANTE METTEUSE EN SCÈNE Louise Bachimont
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Marie Mouillard
CHARGÉE DES ACTIONS SUR LE TERRITOIRE Mathilde Chêne

DISTRIBUTION Valentin Boraud, Philippe CanalesEmilien Diard- Detœuf, Thomas Durand, Clovis Fouin, Joseph FourezElsa GrzeszczakLazare Herson-Macarel, Frédéric Jessua, Kenza Laala, Morgane Nairaud, Antoine PhilippotJulien Romelard, Sacha Todorov, Charlotte Van Bervesselès.

PRODUCTION Nouveau Théâtre Populaire
COPRODUCTION Le Quai – CDN d’Angers, La Criée – CDN de Marseille, Le Théâtre de Caen, CENTQUATRE-PARIS, Association des Amis du Nouveau Théâtre Populaire (recherche de partenaires en cours)
Avec le soutien du Théâtre de l’Aquarium à Paris (résidence de création)

 

Synopsis

Paris, 1821. Encouragé par Madame de Bargeton, Lucien monte à la capitale pour embrasser une carrière de poète. Mais le chemin vers la gloire se révèle semé d’embûches. 
À Paris, Lucien rencontrera la cruauté mondaine et le cynisme politique. Parviendra-t-il à la renommée en construisant une œuvre immortelle à force de travail et de souffrances ? Cédera-t-il aux sirènes du journalisme et de l’argent facile ? Déjouera-t-il les complots dont il est l’objet ? 
Comédie politique et drame sur l’ambition, Illusions perdues raconte, dans un décor spectaculaire, les aventures de Lucien à Paris. 

 

Pourquoi monter cette pièce au Nouveau Théâtre Populaire ?

« Je vois la poésie dans un bourbier. » Illusions Perdues, Balzac

Un grand homme de province à Paris, suite immédiate des Deux poètes, raconte les gloires et la déchéance de Lucien de Rubempré à Paris : de poète idéaliste, il deviendra romancier historique. De romancier, journaliste corrompu. De journaliste, chansonnier misérable pour offrir un enterrement à sa maîtresse. Exemple sans pareil de déchéance sociale due à un désir sans pareil de briller dans le monde, Lucien fascine, comme un miroir étrange — un miroir qui renverrait une image obscure, équivoque, assombrie de soi-même. Illusions Perdues n’est pas seulement un chef d’œuvre, c’est aussi un viatique intime qui m’accompagne depuis que j’ai vingt ans. À l’époque, je me demandais, inquiet : “Comment peut-il se renier ainsi ?” La question était aussitôt suivie de son double négatif : “Comment ne pas se renier ainsi ?” Sur ces deux points, l’existence répond avec sa complexité et ses contradictions, mais le parcours de Lucien demeure une boussole qui aide à trouver son chemin dans le labyrinthe d’une carrière et d’une vie. 

Dans sa préface aux Illusions perdues, dédiée à Victor Hugo, Balzac formule un projet politique autant que littéraire : tirer le portrait de celles et ceux qui, à force de faire et de défaire la mode et les réputations, supportent mal leur propre contestation. Pour Balzac, les journalistes ont pris le pouvoir des princes, sans violence et sans prévenir, insidieusement. Impossible d’écrire, de jouer ou d’inventer sans leur aval. Mais, semble s’interroger l’auteur de La Comédie humaine, qui fait la critique des critiques ? Il y aurait pourtant beaucoup à dire : médiocrité, corruption, trahisons… S’ils avaient existé au XVIIe siècle, les journalistes auraient probablement été tournés en ridicule par Molière, au même titre que les médecins et les marquis. La révolte balzacienne contre les nouveaux pouvoirs résonne de façon étonnante pour le spectateur d’aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle je veux que tout, dans l’esthétique du spectacle, nous plonge dans notre monde contemporain — des costumes à la scénographie, je veux parler de notre monde, avec ses couleurs criardes, son amour du fric, son culte de la jeunesse, ses lumières éblouissantes… Tout sera contemporain donc, sauf les mots ! L’adaptation, co-écrite avec Julien Campani, tentera de restituer les enjeux politiques et moraux propres au siècle de Balzac. C’est de ce frottement entre hier et aujourd’hui que naîtra l’âme du spectacle.  

Mettre en scène Illusions perdues en 2024, c’est aussi traduire l’ambition folle de la Comédie Humaine : représenter la société dans sa totalité, à la manière d’un entomologiste qui observerait la vie d’une colonie de termites en effectuant une coupe longitudinale dans leur nid. C’est la raison pour laquelle j’ai imaginé une scénographie qui représente toute la société comme une pyramide – plus on monte les étages, moins il y a de place. Pendant deux heures, ni sorties, ni entrées, aucun doublon de rôles, mais des personnages qui vivent leur vie à la vue du public : en cuisinant un repas, en écrivant un livre, en jouant de la musique, en répétant une scène, en dormant, en mangeant, en faisant l’amour, en se battant, en pissant, en se fumant… L’ensemble dessinera, je l’espère, un miroir saisissant de notre monde. Je rêve que l’ambition du Nouveau Théâtre Populaire – qui fêtera ses quinze ans en 2024 – rencontre celle de Balzac : proposer, par l’art, une représentation totale de la société.

Léo Cohen-Paperman

© Serguey Varenne

Festival 2024

 

Splendeurs et misères /

Balzac

TRAGÉDIE

 

15, 18, 22, 25, 29 août 2024

À 20h30

 

Dès 19h45, La dernière nuit

(enfer)

DURÉE 1h40

 

ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE Lazare Herson-Macarel
SCÉNOGRAPHIE Jean-Baptiste Bellon
LUMIÈRE Thomas Chrétien
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
SON Camille Vitté
MAQUILLAGE ET COIFFURES Pauline Bry-Martin
RÉGIE GÉNÉRALE Marco Benigno assisté de Thomas Mousseau-Fernandez
ASSISTANTE METTEUSE EN SCÈNE Janna Behel
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Marie Mouillard
CHARGÉE DES ACTIONS SUR LE TERRITOIRE Mathilde Chêne

DISTRIBUTION 

Valentin Boraud, Philippe CanalesEmilien Diard- Detœuf, Thomas Durand, Clovis Fouin, Joseph FourezElsa GrzeszczakFrédéric Jessua, Kenza Laala, Morgane Nairaud, Antoine PhilippotJulien Romelard, Sacha Todorov, Charlotte Van Bervesselès.

PRODUCTION Nouveau Théâtre Populaire
COPRODUCTION Le Quai – CDN d’Angers, La Criée – CDN de Marseille, Le Théâtre de Caen, CENTQUATRE-PARIS, Association des Amis du Nouveau Théâtre Populaire (recherche de partenaires en cours)
Avec le soutien du Théâtre de l’Aquarium à Paris (résidence de création)

 

Synopsis

Avec Splendeurs et misères, Balzac nous entraîne dans un grand roman d’aventures. Lucien a été sauvé par Carlos Herrera, un mystérieux prêtre qui ressemble au diable. Herrera est amoureux de Lucien, mais Lucien est amoureux d’Esther, une jeune courtisane. Nucingen, richissime banquier d’affaires, s’éprend lui aussi d’Esther – et décide de la retrouver par n’importe quel moyen. S’engage une lutte digne des inventions les plus terribles de Dante et de Shakespeare. Enlèvements, évasions, escroqueries, travestissements, apparitions, coups de théâtre : tout est dans Splendeurs et misères… C’est avec cette tragédie palpitante, drôle à force d’être noire, que nous achèverons Notre Comédie humaine.

 

Pourquoi monter cette pièce au Nouveau Théâtre Populaire ?

«En 1824, au dernier bal de l’Opéra, plusieurs masques furent frappés de la beauté d’un jeune homme qui se promenait dans les corridors et dans le foyer…» 

C’est sur cette phrase que s’ouvre Splendeurs et misères des courtisanes, conclusion flamboyante des Illusions Perdues. Tout le roman est contenu dans cette phrase liminaire : la fin d’un monde, le théâtre social, la beauté qui frappe.

Tous les personnages de Splendeurs et misères… – le roman en compte 273 – sont pris dans ce monde qui est aux prémices du nôtre. Ils portent à leur intensité maximale les passions et les pulsions humaines : l’attrait de la vertu, la tentation du mal, la fascination pour la beauté, l’appétit d’argent, la possibilité de l’amour, la fatalité de la mort. Le roman commence dans un bal et finit dans une prison. On y traverse tous les lieux de Paris, on y rencontre tous les types sociaux, on y éprouve tous les amours et toutes les haines. Le combat universel, qui est le fondement de la représentation balzacienne de la société, apparaît à nu. Et il s’exprime à travers la fougue et la folie d’une action qui ne s’interrompt jamais : évasions, mensonges, escroquerie, enlèvements, travestissements, apparitions, meurtres, suicides: tout est dans Splendeurs et misères…

Ici, on sent que Balzac « donne tout », que son énergie créatrice hors norme se donne libre cours pour accoucher d’un roman total, et infiniment noir. Balzac écrit Splendeurs et misères… comme pour rivaliser avec Dante, dont il a détourné le titre La Divine Comédie. C’est véritablement l’histoire, à travers les différentes couches de la société parisienne, d’une descente aux Enfers.

Dans le Chant V de L’Enfer, Dante décrit le sort fait aux luxurieux : « La tourmente infernale, qui n’a pas de repos, / mène les ombres avec sa rage, / et les tourne et les heurte et les harcèle. » C’est ce tercet qui est la clé de notre spectacle : un plateau nu qui tend à faire de ce Paris rêvé une sorte de désert métaphysique – et sur ce terrain de jeu ouvert à tous les vents, les acteurs et les actrices de la troupe du Nouveau Théâtre Populaire dans une énergie de jeu frénétique. La scène du théâtre, devenue un espace furieux, est comme balayée par un souffle infernal aux mouvements contradictoires. Nos personnages n’ont plus rien à quoi se raccrocher. Tous s’agitent et s’affrontent dans un espace désespérément vide. Ils devront, à un moment ou à un autre, tomber hors de scène, comme on tombe hors de vie. Leur lutte est une lutte sans espérance, et sans merci. 

Je me plais à penser que nous travaillons au sein de la troupe du Nouveau Théâtre Populaire dans un esprit balzacien : avec une ambition folle et des moyens pauvres. Pour conclure notre trilogie balzacienne, nous jouerons vite, nous changerons de masques, et nous raconterons dans l’allégresse la violence du monde.

Lazare Herson-Macarel

© Serguey Varenne

Festival 2024