L’Echange

L’Echange

l’échange /
paul claudel

14, 17, 20, 23 et 26 août à 20h30


MISE EN SCÈNE 
Pauline Bolcatto
COSTUMES Manon Naudet et Zoé Lenglare
RÉGIE GÉNÉRALE
Thomas Chrétien et Marco Benigno
ADMINISTRATION ET PRODUCTION
Lola Lucas assistée de Hugo Réauté

DISTRIBUTION

Baptiste Chabauty, Elsa Grzeszczak, Ayoub Kallouchi, Morgane Nairaud

 

SYNOPSIS

L’Échange est l’histoire d’un chassé-croisé amoureux entre deux couples mariés qui se termine tragiquement. L’action se déroule sur la côte Ouest des États-Unis. Marthe et Louis Laine, le premier couple, sont de jeunes gens modestes. Louis, un métis d’origine indienne, a amené Marthe avec lui en Amérique, alors qu’elle n’avait « jamais connu que son pays » : un petit village de France. Ils vivent alors dans un domaine appartenant à Lechy Elbernon et Thomas Pollock : le deuxième couple. Lechy est actrice et Thomas, un brillant homme d’affaires. Louis, épris de liberté, trompe la sage Marthe avec Lechy. De son côté, Thomas Pollock tombe éperdument amoureux de Marthe. Profitant de l’absence des deux épouses, il convainc Louis, en lui présentant une liasse de dollars, de lui acheter sa jeune femme. Lorsque la double trahison est découverte par Marthe, Louis décide de la quitter, tout comme d’abandonner Lechy. L’Actrice, ivre de désespoir, incendie la maison de Thomas Pollock et fait assassiner Louis sur son cheval avant qu’il n’ait le temps de fuir.  

 

POURQUOI CETTE PIECE AU nouveau théâtre populaire ?

Lorsque nous parlons du Nouveau Théâtre Populaire, nous disons souvent : ce sont de grands poèmes dramatiques déclamés entre un cimetière, un clocher, la nature omniprésente et le ciel étoilé.

Cette scénographie naturelle crée une double relation avec le public : intime et métaphysique.

Si Claudel est aux Etats-Unis lorsqu’il écrit l’Échange, il garde bien à l’esprit son village natal. La description qu’il en fera à Jean Amrouche lors d’un long entretien radiophonique est à se méprendre avec celle de notre jardin de Fontaine-Guérin. Cet attachement au paysage, dont le jeune Claudel est nostalgique, apparaît tout au long de la pièce.

Il me fallait donc une scénographie très élémentaire : de la terre, de l’eau, un arbre, un ciel, et au loin, une construction humaine. Au Nouveau Théâtre Populaire le décor de l’auteur est déjà planté, et le spectateur y sera immergé. L’Échange est une pièce dont l’action se déroule de l’aube au coucher du soleil. La fable nous raconte une journée, dont les lumières jouent un rôle central sur l’atmosphère de chaque début d’acte. Je rêve de jouer pleinement avec cela dans le cadre de ma mise en scène. Le spectacle épousera, dans sa temporalité et dans sa relation à la lumière, l’environnement où il se joue. Lorsque nous commencerons à jouer à 20h30, les premières rosées du soir et les rayons orangés du soleil donneront l’illusion du matin, puis les lumières et leurs évolutions lentes épouseront parfaitement la fable de la pièce menant imperceptiblement mais irrémédiablement le spectateur à la nuit comme à la tragique scène finale du spectacle.

 

INTENTIONS DE MISE EN SCENE

Beaucoup d’œuvres claudéliennes peuvent être lues comme des Odes à la nature. C’est ce qui me touche profondément et que je souhaite défendre dans ma mise en scène. Dans L’Échange, les personnages la décrivent avec une stupeur et un émerveillement sans cesse renouvelés. Si cela confère à la pièce un caractère lyrique, il s’agit moins ici d’une question de pure esthétique pour le poète, que d’une relation concrète au monde ; il s’agit moins de forme que de fond. 

Chez Claudel la contemplation de la nature qui nous entoure est la preuve d’un miracle : celui de l’existence. 

Ainsi, le vers Claudélien porte en lui un élan et demande à l’acteur une telle puissance qu’il nécessite de dialoguer avec les grands espaces. Le texte opère constamment cette adresse à la vastitude :

« Justice ! Justice !

Je me tiens devant l’Univers et je le vois, et toutes choses subsistent par la justice»

dit Marthe implorant son destin ; ou encore :

« Je vais ouvrir la bouche toute grande vers la lune pour me refroidir.»

dit Lechy à l’Acte III.

Éloges de la foi, les œuvres de Claudel y trouvent un pays, une paix, un sens, elles y cherchent un apaisement, et pourtant tout dans cette écriture n’est que le témoignage d’un étonnement devant la puissance et la nécessité de la pulsion charnelle. Il a inventé une nouvelle grammaire poétique, un vers libre qui offre aux acteurs un souffle unique, une pensée ponctuée « de l’intervention du néant » comme il le nommera lui-même. Nous ferons un travail précis sur la diction du vers claudélien. Paul Claudel est aussi un personnage bourru, très contesté pour ses positions réactionnaires. Ma mise en scène, en prenant la liberté d’insérer au spectacle d’autres textes, répondra ainsi à l’auteur et à ses positions d’un autre temps, tout en y défendant sa force, sa générosité, sa fougue, et la subversion de sa langue poétique. 

 

BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR

Paul Claudel est tout à la fois écrivain, poète, dramaturge, diplomate français et membre de l’Académie française. Il est né à Villeneuve-sur-Fère en France le 6 août 1868.  Issu d’une famille de petite bourgeoisie, il est le frère de Camille Claudel, la célèbre sculptrice. Sa vie sera ponctuée de deux grands chocs poétiques et mystiques qui marqueront à jamais son œuvre : la découverte de l’écriture d’Arthur Rimbaud, et la révélation de sa foi catholique en 1886. Il sort premier au concours des Affaires étrangères en 1893, et commence une carrière diplomatique. Il ne cessera dès lors d’écrire et de voyager : De New York à Shanghai, en passant par Rio de Janeiro, Copenhague, Bruxelles (il y termine sa carrière diplomatique en 1936). Toute sa vie il a aussi écrit non moins de 22 pièces de théâtre, 21 essais, 14 recueils de poésie, et une abondante correspondance. Parmi ses pièces les plus connues on trouve : Tête d’Or, Partage de Midi – une pièce inspirée par sa rencontre avec Rosalie Ścibor-Rylskade, une femme mariée,  avec qui il aura une liaison et une enfant cachée – l’Annonce faite à Marie, Le soulier de Satin, et L’Échange.

 

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